Accueillir la biodiversité dans son jardin

16 décembre 2018 0 Par Françoise

Un beau jardin n’est plus tiré au cordeau. Ce genre de jardin a, eu ses heures de gloire mais à présent, un beau jardin est un jardin vivant, qui fourmille et qui bruisse des milliers de vie qui ont décidé d’y installer leurs quartiers. Voici quelques conseils pour leur rendre le séjour agréable.

Biodiversité et coccinelle

La biodiversité des insectes, des cloportes et des gastéropodes

Des chercheurs allemands ont fait paraître, en octobre 2017, une étude montrant que 76% des insectes volants avaient disparu  sur une période de 27 ans.  Leurs recherches portaient sur le territoire allemand mais on peut estimer que son champ d’application peut s’étendre à une grande partie de l’Europe.

J’habite une région d’élevage où il n’existe pas de cultures industrielles. Je ne perçois donc pas cette disparition. Au contraire, mon jardin bourdonne de toutes sortes d’espèces qui se côtoient sur les végétaux et dans l’air ambiant.. Mais dans d’autres régions de France, beaucoup témoignent de cette inquiétante disparition.

Faire de son jardin un havre pour quelques insectes est à la portée de tous. Le premier geste, fondamental, est de cesser d’utiliser des produits insecticides.  seulement nuisibles. Tout insecte a sa raison d’être dans le jardin. Il a son rôle, que nous ne percevons pas toujours clairement.

Que savons-nous exactement du lien qui unit une plante et les pucerons qui l’occupent ? En intervenant,  ne bouleversons-nous pas un équilibre que nous ne comprenons pas ?

Pour attirer un grand nombre d’insectes, il suffit de planter les végétaux qu’ils préfèrent : plantes mellifères et aromatiques, riches en pollen et en nectar comme  la lavande, le chèvrefeuille, l’aster, le lilas… On peut également installer ou laisser en place les plantes qui favorisent la reproduction comme l’ortie et les ombellifères, la carotte sauvage et le fenouil, la violette, le tabac d’Espagne et le chardon pour certains papillons.

Nuisibles, les insectes ?

Vous objecterez que certains insectes sont vraiment trop nuisibles et qu’il est impossible de cohabiter avec eux. Pas si sûr !  La piéride du chou, par exemple, qui met à mal par sa voracité, les efforts du jardinier. Ne suffirait-il pas de lui consacrer deux ou trois choux où l’on installerait les chenilles ramassées à la main. ? Ce ne serait pas un gros sacrifice et cela éviterait d’utiliser des produits nocifs pour la santé du jardinier comme du gastronome..

Les limaces, elles aussi voraces, ont également leur rôle à jouer. Elles éliminent les spores des champignons pathogènes en les digérant. Là encore, pourquoi ne pas leur offrir un rang de semis qui leur sera consacré tout en protégeant par une traînée de cendres ceux que l’on désire garder pour soi.

On trouve maintenant, à acheter ou à  bricoler, des hôtels à insectes, dont le rôle est d’offrir le gîte à toutes sortes d’espèces.  Il semblerait que ça marche plutôt bien. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que si on laisse, dans tous les coins du jardin des rondins de bois, des tiges creuses… , cela aura le même effet et semblera moins artificiel. A moins que les insectes ne préfèrent habiter une barre HLM au lieu d’un chalet en pleine nature…

 

Biodiversité et papillon

 

Amphibiens et reptiles, un plus pour la biodiversité

Si on en a la possibilité, il faut créer un point d’eau.

J’ai, au coin de ma maison, une zone toujours très humide à la saison des pluies. C’est la conjonction de sources qui arrivent là de la colline, d’une très épaisse couche d’argile pure et de grandes plaques de brasier qui affleurent en de nombreux endroits. J’ai donc décidé de creuser un petit bassin afin de drainer toute cette eau. Je vais pouvoir observer cet hiver si cela aura l’effet escompté. En attendant, très rapidement, le bassin a été colonisé par une myriade d’insectes, gastéropodes… dont je me suis demandé d’où ils pouvaient bien venir car ils étaient là avant même que j’installe des plantes aquatiques qui auraient pu les amener.

Si on ne désire pas creuser, on peut créer un petit point d’eau avec un demi-tonneau, par exemple. On peut y installer quelques plantes et même un nénuphar de petit développement. Il faudra simplement prendre garde à y installer une rampe pour que les batraciens puissent sortir si les parois en sont trop abruptes.

Les crapauds s’installent sous les palettes sur lesquelles j’entrepose mon bois, contre le mur nord du garage. Il y fait toujours frais, même l’été relativement. Mais il existe de petits abris de terre cuite spécialement conçus pour eux.

Les soirées d’été, à la tombée de la nuit, s’élève le chœur de toutes les grenouilles du coin. J’ai quelques rainettes qui ne sont pas en reste et prouvent que toutes petites qu’elles soient, elles ont quand même du coffre.

Si l’on craint que le point d’eau n’amène des moustiques, il ne faut pas hésiter à y installer deux ou trois poissons rouges – jamais un tout seul. La seule contrainte est de penser à comment ils vont passer l’hiver. Il leur faut une profondeur d’au moins 80 centimètres.  Sinon un aquarium avec filtre peut leur permettre un hivernage dans de bonnes conditions.

La chatte ramène souvent des couleuvres, ce qui prouve qu’il y en a. même si, quand je parle d’accueillir la biodiversité chez moi, je ne pense pas en priorité à l’intérieur de ma maison. C’est une divergence de vue entre elle et moi, car lézards verts, couleuvres et souris se retrouvent régulièrement dans mon salon.

Tous ces animaux, reptiles et batraciens, sont de fidèles alliés du jardinier. Ils se nourrissent de mouches, moustiques et limaces en grande quantité.  Les couleuvres se nourrissent même de petits rongeurs. Ils n’ont certes pas tous la côte. Certains même comme les serpents et les crapauds provoquent des mouvements de répulsion. Mais un jardin a besoin d’eux pour son équilibre.

Grenouille et nénuphar

N’oublions surtout pas les oiseaux

Les oiseaux sont le cœur battant de la vie au jardin. Leur simple présence amène le mouvement et leur chant réveille le printemps.

Comme pour les insectes et sans doute en conséquence de la disparition des insectes, un tiers des oiseaux des campagnes ont disparu ces vingt dernières années. Nous devons faire tout notre possible pour encourager leur présence dans nos jardins.

La première chose est de leur ménager un lieu de vie et de reproduction convenable. Alors, cessons de tailler nos haies au printemps comme des dingues ! Ce besoin d’imiter le béton avec des arbres m’a toujours laissée perplexe… C’est laid et c’est mortifère. Les oiseaux ne peuvent y installer leurs nids sous peine d’être sans cesse dérangés.

On peut également, si l’on dispose de troncs d’arbres assez élevés, installer des nichoirs en bois que l’on choisira en fonction des espèces présentes dans le jardin. La LPO propose un choix intéressant de ces nichoirs dans sa boutique.

Comme nous avons décidé de cesser d’utiliser des insecticides, la nourriture est riche et variée pour nos hôtes ailés. Et pour que les populations se maintiennent, il ne faut pas hésiter à les nourrir l’hiver, quand il fait très froid et qu’il ne reste plus grand chose à se mettre dans le bec. N’oubliez pas qu’une fois qu’on a commencé, il ne faut pas arrêter jusqu’à ce que les conditions redeviennent convenables, au mois de mars.. Il en va de la survie des oiseaux qui dépendent de cette source de nourriture.

Rouge-gorge et biodiversité

Petits mammifères

Enfin, nous ne devons pas oublier de rendre notre jardin accueillant pour les petits mammifères.

Les hérissons apprécieront de trouver un tas de bois sous lequel passer l’hiver. Bien sûr, ce tas de bois, on n’y touchera pas et on aura pris soin d’aménager une entrée et une cavité où les animaux pourront s’installer. Si vous avez une cabane au fond du jardin, laissez la porte entrouverte. Cela fera un excellent abri. Le hérisson est un auxiliaire précieux : insectivore, il se délecte de chenilles, de coléoptères, de mille-pattes, de limaces, d’escargots et même de petits rongeurs. Evitez de lui donner des croquettes pour chats. Il en est friand mais cette nourriture ne convient pas à son métabolisme.

Depuis qu’il nous a pris la manie de tout restaurer, les chauves-souris ont de plus en plus de mal à trouver des endroits où se reposer la journée ou faire leur hivernage. Vous pouvez installer des nichoirs qui leur sont destinés et que vous trouverez notamment à la boutique de la LPO. En les attirant chez vous, vous avez un super prédateur de moustiques pour passer des soirées d’été plus tranquilles.

Les musaraignes, insectivores également, s’installeront volontiers dans le tas de bois.

Si vous avez de grands arbres, vous aurez peut-être la chance de voir s’installer des écureuils, que vous pouvez nourrir tout au long de l’hiver parce que leurs besoins en énergie sont considérables à cette période. Ils vous en seront reconnaissants et pointeront le bout de leur nez pour vous remercier en se faisant admirer.

Vous pouvez également avoir la visite de la belette, de la fouine, du renard –fermez bien vos poulaillers-, et même du chevreuil ou du sanglier (dans ce cas, n’hésitez pas à clôturer votre potager).

Écureuil et biodiversité

En créant tout un petit écosystème dans votre jardin, vous lui permettrez de trouver son équilibre et aurez le bonheur de voir évoluer la vie tout autour de vous. Les rencontres avec les plus timides des animaux sont toujours des moments rares et précieux et l’on reste le souffle coupé par ces apparitions.

J’ai laissé au fond de mon terrain, sur une surface d’environ cent mètres carrés, une zone où je n’interviens jamais. L’herbe y a poussé, il s’y est installé un roncier. De nombreux sentiers sont tracés dans la broussaille, preuve que le lieu est très fréquenté. Cet été, j’y ai trouvé les empreintes de corps dans les hautes herbes. Des chevreuils sans doute.

Je conçois ce lieu comme un asile pour tous les animaux sauvages du coin. Il est suffisamment éloigné de toute habitation pour ne gêner personne. J’aime à penser qu’il est utile pour de nombreuses espèces.

Un chevreuil dans mon jardin

En conclusion, un jardin ouvert à la biodiversité aurait des haies à base d’essences locales, qu’on ne taillerait que très peu et au pied desquelles on laisserait pousser l’herbe.

On y trouverait un point d’eau, des tas de bois, des arbres creux, de vieilles souches, pourquoi pas un mur de pierres sèches. On y sèmerait des fleurs mellifères.

Surtout, on n’y utiliserait aucun pesticide

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